Lomé, le 13 août 2024-(©AfreePress)- Les violences basées sur le genre (VBG) restent un fléau préoccupant au Togo, où de nombreuses victimes continuent de souffrir en silence, prises au piège de la peur, des normes sociales et des pressions familiales. Bien que des efforts considérables aient été déployés pour sensibiliser la population et offrir des recours aux victimes, beaucoup choisissent encore de se taire, alimentant un cycle de souffrance invisible.
Les VBG prennent différentes formes, allant des violences physiques et sexuelles à la violence psychologique, économique et morale. En dépit des lois protectrices et des initiatives mises en place par les autorités et les organisations non gouvernementales, les témoignages des victimes révèlent une réalité douloureuse : le silence persiste, souvent par crainte de représailles ou à cause du stigmate social.
Le poids du silence et de la honte
Sandra (nom d’emprunt), une jeune femme de 28 ans, raconte son calvaire après avoir subi des violences conjugales pendant plusieurs années. « Mon mari me frappait souvent, parfois pour des raisons insignifiantes. J’avais honte d’en parler à ma famille ou à mes amis. J’avais peur de ce qu’ils penseraient de moi, qu’ils me jugent ou qu’ils ne me croient pas. Ma belle-famille me disait que c’était normal et que je devais être patiente », témoigne-t-elle avec émotion. Elle a finalement trouvé la force de briser le silence grâce à une amie qui l’a encouragée à contacter une organisation de soutien. « Si mon amie ne m’avait pas soutenue, je n’aurais peut-être jamais osé parler. J’étais complètement enfermée dans le silence, croyant que c’était de ma faute. » Ce sentiment de culpabilité et de honte est l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses victimes choisissent de ne pas dénoncer les abus.
Les normes sociales comme barrière
Les normes sociales et culturelles au Togo jouent également un rôle majeur dans le maintien du silence des victimes. Pour beaucoup, la violence est perçue comme une affaire privée, une situation à régler dans l’intimité familiale, sans interférences extérieures. Le témoignage de Afi (nom d’emprunt), une mère de trois enfants, met en lumière cette réalité : « Mes parents m’ont toujours dit que le mariage est sacré et qu’une femme doit supporter certaines choses pour préserver son foyer. Même quand les choses devenaient insupportables, je me disais que c’était normal. On m’a appris à ne pas faire de scandale, à ne pas salir ma famille. ». Ces pressions sociales ajoutent à la difficulté pour les victimes de parler, renforçant leur isolement. Elles se retrouvent souvent coincées entre le besoin de protection et la crainte de perdre l’estime de leur communauté.
Si le cadre légal pour lutter contre les VBG existe, il reste difficilement accessible pour certaines victimes, en particulier dans les zones rurales. Adjoa, une jeune femme vivant dans un village reculé du nord du Togo, témoigne de son parcours pour obtenir justice après avoir été agressée par un voisin. « J’ai mis du temps avant de porter plainte parce que je ne savais pas vraiment comment m’y prendre. Les autorités locales ne prenaient pas mon cas au sérieux, et c’est une ONG qui m’a finalement aidée à aller à Lomé pour déposer ma plainte. » Son témoignage met en lumière les lacunes dans l’accès à la justice pour les victimes vivant dans des zones éloignées. Les obstacles ne sont pas seulement d’ordre géographique. Certains agents de la police ou du système judiciaire manquent de formation ou de sensibilité face aux VBG, rendant la quête de justice encore plus ardue pour les victimes. Parfois, elles font face à des attitudes de découragement ou de minimisation de leur souffrance.
Des initiatives porteuses d’espoir
Malgré ces défis, des initiatives existent pour briser le silence et encourager les victimes à prendre la parole. Des campagnes de sensibilisation menées par le gouvernement togolais, des ONG locales et internationales comme WiLDAF-Togo ou GF2D jouent un rôle crucial dans l’éducation des populations sur les droits des femmes et sur les recours disponibles pour les victimes de violences.
Grace, une survivante de violences sexuelles, raconte comment l’organisation GF2D lui a permis de retrouver espoir après avoir subi un viol. « J’avais l’impression que ma vie était finie. Mais grâce aux séances de soutien psychologique et aux conseils juridiques que j’ai reçus, j’ai pu recommencer à vivre. J’ai appris que je n’étais pas seule et que parler était la première étape vers la guérison. »
Un appel à briser le silence
Le silence des victimes de VBG reste un défi majeur au Togo. Pour que les mentalités évoluent, il est nécessaire de multiplier les efforts de sensibilisation et de garantir un accès effectif à la justice pour tous, peu importe la localisation géographique ou le statut social des victimes. « Nous devons comprendre que la violence n’est pas une fatalité. Chaque femme, chaque enfant, chaque homme a le droit de vivre sans peur, sans violence. Nous devons tous, en tant que société, encourager les victimes à parler et leur offrir le soutien dont elles ont besoin », affirme une représentante de WiLDAF-Togo.
Briser le silence est un acte de courage, mais aussi une nécessité pour éradiquer ce fléau. Le soutien des familles, des communautés et des institutions est essentiel pour permettre aux victimes de reprendre le contrôle de leur vie et pour mettre fin aux violences basées sur le genre au Togo.
Etonam SOSSOU










