Le Ministère délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières a initié une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux pour encourager les ménages à privilégier le gaz butane au détriment du charbon de bois, dans le but de lutter contre la désertification et de préserver les ressources forestières. Si les internautes saluent unanimement l’objectif environnemental poursuivi, ils estiment déclarent toutefois ne pas être disposés à changer leurs habitudes et embrasser le gaz butane. Quelles sont les raisons avancées?
Par Espoir K.
Lomé, le 21 juillet 2026-(©AfreePress) – Comment concilier protection de l’environnement et pouvoir d’achat des ménages ? C’est le débat que vient de relancer le Ministère délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières à travers une campagne de communication diffusée sur sa page officielle Facebook. Axée sur la lutte contre la désertification et la préservation du couvert végétal, cette initiative invite les Togolais à abandonner progressivement le charbon de bois au profit du gaz butane, une énergie jugée plus propre et moins destructrice des ressources forestières.
À travers cette campagne, le ministère rappelle que la biomasse — essentiellement le bois de chauffe et le charbon de bois — représente encore 69 % de la consommation finale d’énergie au Togo, principalement pour les besoins de cuisson domestique et certaines activités de transformation. Cette forte dépendance constitue un facteur majeur de pression sur les écosystèmes forestiers, dans un contexte où le pays poursuit ses efforts de restauration des paysages et de reboisement.
Le département ministériel met en avant les résultats déjà obtenus grâce à la progression de l’utilisation du Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL). Selon les statistiques publiées, l’augmentation de la consommation de gaz butane entre 2018 et 2022 a permis de préserver 72 848 hectares de forêts, dont 18 477 hectares pour la seule année 2022. Le ministère souligne également que l’utilisation du gaz de cuisine a connu une croissance spectaculaire de plus de 1 350 % au cours des vingt dernières années, signe d’une transition énergétique progressivement adoptée par une partie des ménages.

Cette communication s’inscrit dans la dynamique nationale de protection de l’environnement. Le gouvernement multiplie depuis plusieurs années les initiatives en faveur du reboisement, notamment à travers la campagne annuelle de plantation d’arbres lancée dans le cadre de l’ambition présidentielle de porter le couvert forestier national à un niveau plus élevé et de renforcer la résilience du pays face aux effets du changement climatique.
Mais si le message environnemental du ministère est largement salué, la réaction des internautes n’a pas tardé à envahir les commentaires de la publication. Un constat revient avec insistance : l’objectif est jugé pertinent, mais difficilement atteignable tant que le prix du gaz butane demeure élevé dans le pays.
Pour de nombreux abonnés, la protection des forêts passe inévitablement par une politique de prix plus incitative.
« Le bâton magique pour protéger nos forêts, c’est de trouver les moyens de faire baisser le prix du gaz butane », estime Rafiou Bidifayi.
D’autres internautes établissent même une comparaison avec les pays voisins. Certains affirment qu’avec un montant équivalent, il est possible de remplir une bouteille de gaz de 12 kilogrammes à un coût sensiblement inférieur au Ghana qu’au Togo.
Plusieurs commentaires rappellent également l’évolution des prix observée ces dernières années.
« Le gaz de 6 kg est passé de 3 100 à 4 750 francs CFA, tandis que la bouteille de 12 kg est désormais proche de 10 000 francs CFA. Cette hausse a freiné les progrès réalisés entre 2018 et 2022 », fait observer Yawo Caleb Mawunyo Benyo.
D’autres internautes vont dans le même sens, estimant qu’une baisse des tarifs favoriserait naturellement l’abandon du charbon de bois.
« Si je convertie 8000 Fcfa en cedis, je charge la bouteille de 12kg plein mais si c’était au Togo, pour faire ce plein, c’est environ 11800 Fcfa », indique Julianho Mawake sous la publication.
« Si le prix du gaz diminuait, votre objectif serait largement dépassé, écrit Francis Kofi Ativorh. Lorsqu’il faut dépenser près de 10 000 francs CFA pour une bouteille de gaz qui dure deux semaines, beaucoup préfèrent acheter un sac de charbon à 6 000 ou 8 000 francs CFA qui peut servir pendant un mois », écrit-il.
Face à ces nombreuses interpellations, le ministère a tenu à apporter une mise au point. Répondant à un internaute, il rappelle que le prix actuellement pratiqué est déjà subventionné par l’État togolais.
Selon le département ministériel, les fluctuations des cours internationaux du pétrole influencent directement le coût du gaz butane ainsi que celui des autres produits pétroliers commercialisés sur le marché national.
Au-delà des divergences sur la question des prix, un consensus semble toutefois se dégager des échanges. Les internautes reconnaissent l’importance de préserver les ressources forestières et de lutter contre la désertification. Beaucoup estiment cependant que la réussite de cette transition énergétique dépendra de la capacité des pouvoirs publics à rendre le gaz de cuisine davantage accessible aux ménages, notamment les plus modestes.
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