©AfreePress-(Lomé, le 9 octobre 2023)-Face à la presse, lundi 9 octobre 2023 à Lomé, le collectif des syndicats de la santé du Togo s’est prononcé sur l’affaire de vente « parallèle et illégale » de médicaments au Centre Universitaire Hospitalier (CHU) de Kara, révélée par l’Observatoire pour la Promotion de la Santé en Afrique (OPS-AFRIQUE).
Occasion pour ce collectif de situer les responsabilités et de relever les dysfonctionnements auxquels est confronté le système de santé au Togo depuis plusieurs années.
Les faits au CHU Kara
Tout a commencé lorsque qu’un patient a été admis dans cette structure à la suite d’une morsure de serpent. Le médecin traitant aurait prescrit un sérum antivenimeux appelé Inoserp, mais la pharmacie de l’hôpital ne disposait pas de ce sérum. Les parents ont donc dû se rendre dans une pharmacie externe, où ils ont découvert que les deux flacons prescrits coûtaient 137 750 FCFA. Alors que la famille essayait de trouver la somme nécessaire à l’achat du produit, le médecin leur aurait proposé le même produit pour la somme de 60 000 FCFA par boîte, contenant deux flacons.
Une heure plus tard, après une analyse de sang, le médecin leur prescrit de nouveau le même produit pour 60 000 FCFA supplémentaires. L’état du patient ne s’est pas pour autant amélioré. Le médecin de veille leur prescrira le même produit pour une troisième fois le lendemain, empochant dans la transaction la somme de 180 000 FCFA auprès de la famille en deux jours. Au troisième jour, le même médecin leur a proposé six flacons du même remède avec une réduction de 60 000 FCFA, ce qui signifie que les parents devraient payer 120 000 FCFA, selon les informations révélées par OPS-AFRIQUE qui a porté l’affaire à l’attention du ministre de la Santé.
Le collectif après investigations menées de son côté confirme les faits qui, selon lui, sont contraires à l’éthique et à la déontologie de la corporation.
« Après nos investigations sur la base des preuves qui nous ont été apportées et les échanges que nous avons eu directement avec les concernés, il y a eu des transactions financières entre les accompagnants de patients et certains agents soignants. Cette situation, nous la condamnons, parce que, de par la nature, nous n’avions pas le droit de procéder à des transactions financières avec les accompagnants et nous appelons le personnel soignant à exercer de manière exclusive en tenant compte de leur cahier de charge », a indiqué le Secrétaire général du SYNPHOT, Dr. Gilbert Tsolenyanu.
Responsabilité partagée
Au-delà de ces faits, le collectif des syndicats de la santé pointe aussi du doigt des manquements dans le processus de contractualisation lancée dans les hôpitaux du pays il y a 6 ans de cela et qui devrait permettre de résoudre ces genres de problèmes par la bonne gouvernance dans les hôpitaux.
« Le collectif constate en outre qu’au moment où les événements se sont produits, il y avait une rupture de sérum antivenimeux dans la pharmacie hospitalière du CHU Kara qui est une formation sanitaire contractualisée. Depuis plus d’une décennie, ces ruptures sont récurrentes et connues des autorités sanitaires dans les régions centrales, Kara et Savanes », dénoncent les premiers responsables de ces syndicats.
Dr. Gilbert Tsolenyanu et ses collègues trouvent inadmissible qu’un centre hospitalier de référence comme le CHU Kara soit confronté à des pénuries de médicaments urgents.
« Le manque de produits dans les pharmacies des hôpitaux qui fait que les accompagnants sont obligés d’aller chercher ces produits ailleurs contribue aussi à des mauvaises pratiques, car des fois, ce sont les accompagnants qui demandent aux soignants de les aider. Il y a des médicaments à usage exclusivement hospitalier, comme le sérum antivenimeux. Ce médicament devrait être disponible à l’hôpital. Il serait également approprié de réaliser des études, car les morsures de serpents ne sont pas rares au Togo, notamment dans les zones incriminées. Tout le monde sait qu’il existe des saisons au cours desquelles ces morsures sont récurrentes. Nous sommes donc surpris qu’il y ait une pénurie de ce sérum, ce qui permet à d’autres personnes véreuses d’avoir des circuits d’approvisionnement de ce médicament », a condamné Dr. Gilbert Tsolenyanu.
Face à ces manquements graves, le Syndicat national des sages-femmes du Togo (SYNSAFETO), le Syndicat national des médecins du Togo (SYNAM), le Syndicat national du personnel de santé du Togo (SYNPERSANTO), le Syndicat libre des agents de santé au Togo (SYLASTO), le Syndicat national du personnel de réanimation du Togo (SYNAPRETO), le Syndicat national du personnel administratif et des services généraux de la santé (SYNPAGES) et le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), tous réunis au sein de ce collectif exigent pour une énième fois, l’évaluation externe de la démarche de contractualisation conformément au communiqué du conseil des ministres en date du 04 mai 2022.
Ils annoncent également une assemblée générale synchronisée sur toute l’étendue du territoire. Il sera question de sensibiliser le personnel de santé sur les mauvaises pratiques et la couverture maladie universelle en perspective au Togo. Le collectif attend également recueillir les avis des agents sur les stratégies à mettre en œuvre pour l’érection de la fonction publique hospitalière qui, selon lui, est une des solutions importantes pour assainir le système de santé et garantir la mise en œuvre de la couverture maladie universelle.
Raphaël A.










