Lomé, 2 décembre 2024 – (©AfreePress)- Depuis le début des attaques terroristes dans la région des Savanes, les femmes rurales sont les premières victimes. Elles qui sont déjà parmi les populations les plus vulnérables, subissent des traumatismes profonds. Dépossédées de leurs dignité et de leurs proches, chassées de leurs cadre de vie ou réduites en esclavage sexuel, elles paient un lourd tribut à cette crise sécuritaire. Tandjome, Naldjoum et Boussampoa, trois survivantes de Kpekankandi, partagent leurs récits faits de douleur, d’horreur et de résilience.
Tandjome, mère d’un jeune homme de 22 ans, se souvient avec effroi de cette nuit tragique où des hommes armés ont frappé à sa porte. Son fils, sans se douter de rien, va ouvrir la porte. Il fut immédiatement maîtrisé et exécuté sous les yeux de ses parents impuissants.
« À partir d’aujourd’hui, vous n’avez plus de fils », leur dirent les assaillants avant de commettre l’irréparable. Tandjome raconte, les larmes aux yeux. « Je suis restée là, figée, regardant le corps sans vie de mon fils. C’était comme si mon monde s’écroulait. Mon mari avait fui pour sauver sa vie, me laissant seule face à l’horreur. J’ai perdu toute envie de vivre ce jour-là »témoigne-t-elle en larme.
« Tout le monde fuyait le village »
Naldjoum, jeune mariée et mère de deux enfants, fut brutalement séparée de son époux à l’arrivée des terroristes dans son village. Alors que son mari était conduit vers une destination inconnue, elle n’eut d’autre choix que de fuir avec ses enfants, âgés de trois ans et d’un an.
« Je ne sais pas où j’ai puisé cette force pour courir avec mes deux enfants. Nous nous sommes enfoncés dans la brousse, traversant une rivière déchaînée malgré la saison des pluies. À l’aube, exténuée mais en sécurité, j’ai repris la route avec mes enfants, sans savoir ce que l’avenir nous réservait et où j’allais », raconte-t-elle le regard perdu dans le lointain.
Le calvaire d’une ex-otage
Boussampoa, à peine âgée de 18 ans, fut quant à elle, capturée et retenue en captivité par ses ravisseurs. Son calvaire, marqué par des sévices physiques et psychologiques, est un sombre souvenir de la barbarie et de mauvais traitements.
« J’ai été enlevée, séquestrée, violée et battue. Ils m’ont privée de nourriture et m’ont infligé des souffrances indescriptibles. Dès que l’occasion s’est présentée, j’ai fui, parcourant des sentiers dangereux, terrifiée à l’idée qu’ils me rattrapent », raconte la jeune fille.
La résilience face à l’indicible
Les témoignages de Tandjome, Naldjoum et Boussampoa ne sont qu’un échantillon de l’horreur vécue par les femmes de Kpekankandi et de toute la région des Savanes. Ces récits mettent en lumière les souffrances multiples – perte d’êtres chers, déplacements forcés, traumatismes – infligées par une crise sécuritaire qui s’éternise.
Si leurs vies ont ainsi basculé dans l’horreur, ces femmes continuent malgré tout de se battre et de continuer de vivre. Leur résilience, aussi impressionnante qu’émouvante soit-elle, témoigne de leur envie de se reconstruire et de recoller ce qui a été brisé dans leur existence.
Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des témoins.
Reportage réalisé par Diblo Takini -Correspondant d’AfreePress dans la région des Savanes.










