Lomé, le 02 Septembre 2025-(©AfreePress)- L’incarcération du Secrétaire général du ministère de l’Action Sociale suite à une plainte pour viol a suscité une vague d’indignation. Les réseaux sociaux et certains médias se sont emparés de l’affaire, laissant peu de place à la retenue et à la présomption d’innocence de l’accusé. Mais la justice ne devrait pas être rendue dans les médias, surtout pas sans procès.
Justice médiatique : un jugement à deux vitesses
La justice de l’opinion, portée par les réseaux sociaux et les médias, peut facilement précéder la justice judiciaire. Comme l’illustre une analyse de Sciences Po, « les réseaux sociaux … façonnent l’opinion publique, parfois en interférant avec le système de justice pénale » en diffusant un récit émotionnel sans nuance, ils deviennent des tribunaux populaires sans garanties procédurales.
Or la présomption d’innocence est un principe sacré du droit pénal, consacré par les systèmes juridiques du monde entier. Tous les accusés sont considérés innocents tant que leur culpabilité n’est pas établie par un jugement définitif. C’est au Ministère public de prouver la culpabilité « au-delà du doute raisonnable ».
Où en est l’affaire au Togo ?
Le Secrétaire général a certes été placé en détention provisoire, après une investigation de la police. Mais à ce stade, aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue. D’ores et déjà, déclaré coupable l’accusé en dehors de tout verdict contreviendrait au principe de la présomption d’innocence surtout étant donné que l’accusé n’a pas été arrêté en situation de flagrance.
Pourquoi ce principe est vital… partout, y compris au Togo
Le principe de la présomption d’innocence transcende les frontières. Au Nigeria, la Constitution garantit ce droit, et la Charte africaine des droits de l’homme l’inscrit elle aussi en soutenant que : « toute personne est présumée innocente jusqu’à preuve de sa culpabilité par un tribunal compétent».
Ce respect est indispensable à l’équité du procès et à la confiance dans les institutions. Laisser « la justice de l’opinion » se substituer au tribunal, c’est risquer de briser la fragile confiance des citoyens dans la neutralité de la justice.
Appel à la retenue et au sens des responsabilités
Nous appelons les médias, les réseaux sociaux, et l’opinion publique à la prudence. L’ampleur des accusations ne justifie pas la condamnation d’avance. Il est essentiel de laisser les enquêteurs enquêter, les tribunaux juger, et la justice agir dans un cadre serein et structuré.
Par ailleurs, cet épisode doit inspirer une vigilance accrue sur les lieux de travail dans l’administration publique comme privée. Toute personne en position de responsabilité doit prendre conscience du pouvoir qu’elle exerce sur ses agents. Un simple geste déplacé ou un attouchement non consenti peut suffire à ruiner une carrière. Il est dans l’intérêt de tous — y compris des managers — de faire preuve d’exemplarité et d’éviter tout comportement susceptible d’être interprété, à tort ou à raison, comme abusif. Dans ces cas de figure, l’opinion a vite fait de vous clouer au pilori. Il s’agit d’une présomption de culpabilité.
La liberté d’expression est un droit fondamental… mais elle ne peut déroger à la justice. L’accusé, non pris en flagrant délit, mérite une procédure équitable avant toute conclusion. Loin d’édulcorer la gravité des faits, respecter la présomption d’innocence renforcera la légitimité des institutions. C’est un rappel à tous : la justice est une affaire de tribunaux, non de tweets viraux ou de débats passionnés dans les studios de radios.
Source : Hara kiri N° 226 du 29 Août 2025










