Lomé, le 1er sept.2024-(©AfreePress)-L’ANC reproche à M. Gomado d’avoir rejoint un gouvernement qu’elle perçoit comme l’incarnation du régime qu’elle combat, qualifiant son acte de « violation grave des principes politiques du parti » et d’ »intelligence avec l’adversaire ». La décision du parti est claire : l’ancien cadre influent du Grand Lomé est désormais déchu de toutes ses responsabilités et doit restituer tous les biens appartenant à l’ANC. Un divorce définitif entre l’ANC et l’un de ses plus éminents militants.
Mais cette exclusion soulève une contradiction majeure. En effet, au même moment où l’ANC critique sévèrement Joseph Gomado pour avoir rejoint l’équipe gouvernementale de Faure Gnassingbé, son leader, Jean-Pierre Fabre, sollicite ce même gouvernement pour résoudre un problème d’aménagement du territoire dans sa commune de Golfe 4.
En effet, le 10 août 2024, lors d’une rencontre avec la presse, Fabre a révélé avoir écrit au Président de la République pour lui demander de lancer des grands travaux nécessaires à l’assainissement des abords de la lagune de Lomé. Selon lui, ces travaux dépassent de loin les capacités financières de sa commune.
L’ironie de la situation est frappante : les réponses de Faure Gnassingbé à la demande de Jean-Pierre Fabre passeront probablement par le ministre de l’Aménagement du territoire. Et ce ministre n’est autre que Joseph Koamy Gomado, récemment exclu de l’ANC pour avoir rejoint l’équipe gouvernementale. Si, pour l’ANC, collaborer avec l’équipe gouvernementale est preuve de trahison, comment alors qualifierons-nous le fait de demander de l’aide à ce même gouvernement ? N’est-ce pas pour résoudre précisément ce type de problème que Gomado a accepté de rejoindre l’exécutif ?
Comme le dit un adage Tem : « Lorsqu’on déteste la viande de porc, on ne peut pas aimer sa soupe. » Logiquement, si l’ANC considère que Joseph Gomado a trahi en rejoignant le gouvernement, elle ne devrait pas faire appel à ce même gouvernement pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent à lui. En sollicitant l’aide de Faure Gnassingbé, Jean-Pierre Fabre donne en quelque sorte raison à Gomado, qui a choisi d’intégrer le gouvernement pour servir l’intérêt général, l’intérêt des Togolais.
Ainsi, il n’y a pas de différence fondamentale entre l’acte reproché à Joseph Gomado et la démarche de Jean-Pierre Fabre. Soit les deux ont trahi, soit les deux ont agi dans l’intérêt des Togolais, en mettant l’intérêt général au-dessus des considérations partisanes. Aucun ne devrait être blâmé tandis que l’autre est vu en héros.










