Lomé, le 20 avril 2026-(©AfreePress)- La capitale togolaise abrite, du 20 au 24 avril 2026, la 23e Assemblée générale annuelle de l’Association des régulateurs des télécommunications de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO/WATRA). En marge de cette rencontre statutaire, la première journée a été marquée par un dialogue de haut niveau réunissant régulateurs, opérateurs, partenaires internationaux et représentants des consommateurs autour des enjeux cruciaux de la transformation numérique.
Dans son mot de bienvenue, le Directeur général de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP Togo), Michel Galley, a souligné le rôle stratégique des télécommunications et des technologies numériques, présentées comme des leviers d’innovation, d’inclusion et de compétitivité pour la région. Il a insisté sur la nécessité d’adapter les cadres réglementaires à un environnement en mutation rapide, marqué par la convergence des secteurs.

Le président de l’ARTAO et président d’ARN de la République de Guinée-Bissau, Dr Herry Mané, a pour sa part rappelé que la transformation digitale est désormais une nécessité pour les économies ouest-africaines. Il a appelé à une coopération renforcée entre acteurs publics et privés afin de relever les défis liés à la connectivité, à l’inclusion financière et à la protection des consommateurs.
Une table ronde au cœur des enjeux : Vers une régulation collaborative
La table ronde consacrée au thème : « La régulation collaborative à l’ère de la convergence : perspectives de l’industrie sur les opportunités et les défis liés aux services financiers numériques » a permis de croiser les regards des différents acteurs de l’écosystème.
Introduisant les échanges, Mme Rouamba Illy, conseillère technique à l’ARCEP Burkina Faso, a mis en lumière la complexité croissante des services financiers numériques (SFN), désormais à l’intersection des télécommunications, de la finance, des technologies et de la protection des données. Elle a posé la question centrale : comment réguler efficacement un écosystème aussi interconnecté tout en favorisant innovation et inclusion ?
Le Ghana en modèle de sécurisation des services financiers numériques
Le représentant du Ghana a partagé l’expérience de son pays, présenté comme un leader régional en matière de mobile money. Avec plus de 80 millions de comptes enregistrés et un volume de transactions atteignant 289 milliards de dollars, le Ghana mise sur une approche structurée basée sur les recommandations internationales.

Au cœur de cette stratégie se cache la mise en place d’un laboratoire national de sécurité des services financiers numériques, destiné à tester les applications, anticiper les menaces (fraude, SIM swap, vulnérabilités réseaux) et renforcer la confiance des utilisateurs. Une collaboration étroite entre la Banque centrale, l’autorité de régulation des communications et les agences de Cybersécurité constitue le socle de ce modèle.
Des opérateurs favorables à une harmonisation réglementaire
Les représentants des opérateurs, notamment du mobile money, représentés par Mme Simi Siwisa ont plaidé pour une clarification des rôles entre régulateurs et l’harmonisation des cadres réglementaires. Selon eux, la coexistence de plusieurs autorités de tutelle constitue un frein à l’innovation et à l’expansion des services.
Ils ont insisté sur la nécessité de réduire les frictions réglementaires afin de libérer le potentiel économique et social des services financiers numériques dans la région.
L’UIT appelle à une réponse régionale coordonnée
Intervenant au nom des partenaires internationaux, le représentant de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Mr Arnold Kibuuka, a rappelé que les services financiers numériques reposent sur deux piliers indissociables que sont les infrastructures télécoms et les plateformes financières.
Face à des menaces croissantes (cyberattaques, fraude transfrontalière), il a plaidé pour une réponse régionale harmonisée, basée sur des normes communes, le partage d’informations et le renforcement des capacités techniques. L’UIT propose notamment des cadres réglementaires et des outils opérationnels pour accompagner les États dans cette transition.
Les consommateurs réclament plus de protection et de clarté
La voix des consommateurs, portée par le Dr Emmanuel Sogadji, a mis en évidence plusieurs préoccupations majeures. Il a mis l’accent sur le flou persitant dans la gestion des plaintes entre régulateurs et banques centrales, des frais de transaction jugés élevés, et une insuffisance de régulation tarifaire.

Il a appelé à une meilleure coordination institutionnelle afin d’éviter que les utilisateurs ne soient pénalisés par les chevauchements de compétences.
Interopérabilité et innovation : les défis soulevés par les pays
Les interventions des délégations nationales ont mis en exergue des défis communs. Le Togo a notamment souligné les blocages liés à la banque centrale régionale, freinant l’interopérabilité et l’innovation malgré les avancées techniques déjà réalisées.
Le Bénin a, quant à lui, partagé son expérience en matière d’ouverture des comptes de monnaie électronique, favorisant la concurrence et l’inclusion financière.
De manière générale, plusieurs pays ont insisté sur le manque de collaboration entre institutions comme principal obstacle au développement d’un écosystème performant et sécurisé.
Un consensus clair : la collaboration comme clé de réussite
Au terme des échanges, une recommandation majeure s’est dégagée. Il faut renforcer la collaboration entre tous les acteurs, régulateurs, banques centrales, opérateurs, partenaires techniques et consommateurs.

La mise en place d’une régulation collaborative apparaît désormais comme une condition essentielle pour garantir la sécurité, stimuler l’innovation et accélérer l’inclusion financière dans la sous-région.
Une volonté commune de passer à l’action
Clôturant cette première journée, le président de l’ARTAO et président de l’ARN de la République de Guinée-Bissau, Dr Herry Mané, s’est félicité de la qualité des discussions et du consensus dégagé. Il a exhorté les participants à traduire les recommandations en actions concrètes, condition indispensable, selon lui, pour faire de l’Afrique de l’Ouest un espace numérique intégré, innovant et inclusif.
Il a également renouvelé ses remerciements au gouvernement togolais et à l’ARCEP Togo pour l’organisation réussie de cet événement.
Albertine A.










